Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 19:38

Nous vivons une époque difficile : tout est en berne. Ils le disent bien au journal. La croissance est en berne. Le pouvoir d'achat est en berne. Le marché de l'automobile est en berne. Les bourses sont en berne (ne voir là aucun sous-entendu). Même les utopies sont en berne (article de Nicolas Schaller sur nouvelobs.com, 24 mai 2012). Conséquence de tout cela, le moral est en berne.

 

Mais au fait, quest-ce que ça veut dire ? D'après le Petit Robert, à l'origine c'est un terme de marine. En signe de deuil ou de détresse, on hissait le pavillon "en berne", c'est-à-dire "à mi-drisse". (ne me demandez pas ce qu'est que une drisse, si on commence avec le vocabulaire maritime !)

Par extension, et sur la terre ferme, on dit qu'un drapeau est en berne lorsqu'il est roulé, non déployé.

Ce qui est évidemment très triste.

Par Gilbert
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 19:56

Frédéric Pommier (voir la "page" en haut à droite) a déjà parlé dans son livre  de l'emploi anglicisé du mot "juste". C'est une chose que tout le monde a remarquée, dans un certain langage un peu branché, un peu artiste.

Laissez-moi "juste" citer quelques exemples relevés ici et là :

 

"Ce jour-là, c'était juste horrible" (un jeune dans le train)

 

"C'était juste une pure tuerie" (idem, mais pas le même train, pas le même jeune)

 

"T'as vu le truc qui est sorti dans le mois, qui est juste sublime ?" (une jeune femme au café)

 

"Si tu es juste un garçon formidable, tu vas me rendre un service" (une collègue. Vous pensez bien que j'ai dit non)

 

"Là, la perte de poids, elle est juste évidente" (zapping de Canal+, à propos de Loanna)

 

Traditionnellement l'adverbe "juste" a le sens de "seulement". C'est le cas dans la chanson de Enzo Enzo Juste quelqu'un de bien, que Frédéric Pommier cite d'ailleurs en exemple. En anglais il a le même sens, mais il peut aussi signifier "vraiment", "absolument". Comme quand on dit "You're just great". C'est ce second sens, par imprégnation anglophile, qui s'est immiscé depuis quelques années dans le français parlé. Auparavant on aurait dit "ce jour-là, c'était vraiment horrible", ou bien "c'était vraiment une pure merveille".

Par Gilbert
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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 12:30

Mon ami Jean-Marc m'a fait remarquer une fois que je confondais "apporter" et "amener". J'avais dû dire quelque chose comme "j'ai amené une bouteille". On n'amène pas une bouteille, on l'apporte. "Amener" est réservé à une personne. Même distinction entre emmener et emporter, ou bien ramener et rapporter. Merci, Jean-Marc, pour cette mise au point.

 

Mais j'ai remarqué moi aussi des fautes récurrentes. Par exemple, les gens confondent dénoter et détonner. "Une mesure qui dénote dans ce pays ultra-libéral". Le journaliste de France 3 qui parlait ainsi à propos des Etats-Unis voulait dire bien sûr que cette mesure détonnait.Une telle confusion dénote chez nos présentateurs de télé une certaine négligence, n'est-il pas vrai ?

Et ce n'est pas le seul exemple. Toujours aux infos de France 3, j'ai relevé vers la même période "il portait une bombe qu'il a faite exploser". Non : qu'il a fait exploser. Le verbe faire dans ce cas ne s'accorde pas avec la bombe. Ne me demandez pas pourquoi, mais c'est ainsi.

Après France 3, tapons un peu sur France culture, qui n'est pas en reste. On pouvait y apprendre il y a quelques mois que je ne sais plus qui avait "compris que le gouvernement légitimisait les fermetures de raffineries" (infos 28/09/11). "Légitimait" aurait suffi. Quelque temps après, une chanteuse invitée dans l'émission La Grande table évoquait toutes les choses "possibles et inimaginables". Ce n'est pas la première fois que je note cette déformation de l'expression "possibles et imaginables".

 

Les professionnels de la radio et de la télé feraient donc bien de soigner un peu plus leur langage, mais nous aussi, dans la vie de tous les jours, nous faisons des erreurs. par exemple lorsque nous disons "rabattre les oreilles" au lieu de "rebattre les oreilles". En effet, nos oreilles ne sont pas "rabattues" comme celles des épagneuls. Elles sont "rebattues", c'est-à-dire battues encore et encore, à la manière d'un tapis, à force d'entendre toujours les mêmes choses. Et je terminerai par cette citation d'Alexandre Dumas, que j'ai trouvée dans le TLF :

"Monsieur l'inspecteur, continua le gouverneur, je puis vous raconter cette histoire aussi bien que l'abbé, car il y a quatre ou cinq ans que j'en ai les oreilles rebattues" (Le Comte de Monte-Cristo)

Par Gilbert
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Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 12:02

Voici une liste de verbes moches :

 

 

Acter ("Ce sera un accord qui actera nos divergences et nos convergences", Noël Mamère, le 15/11/2011)

 

Actualiser (au lieu de "mettre à jour")

 

Avaliser ("C'est une manière d'avaliser le fait que...", infos France Culture le 04/10/2011)

 

Candidater

 

Finaliser (alors qu'on peut dire "terminer," ou "achever", ou "parachever")

 

Impacter ("Le tsunami et la hausse des matières premières ont impacté ce résultat positif", infos France Culture, le 16/02/2012) ("J'ai mal impacté le poids du symbole", Nicolas Sarkozy, à propos du yacht de Bolloré)

 

Optimiser

 

Positiver ("Positiver sa vie", couverture du magasine Féminin, avril 2011)

 

 

Il y en aura probablement d'autres. Les suggestions sont les bienvenues. (Voir ci-dessous celles faites par Pascal Tréguer dans son commentaire très judicieux)

 

 

Tiens, en voilà une, faite par mon ami le lièvre lunaire (voir lien en-bas à droite) :

 

Prioriser (relevé dans les propos d'un procureur interrogé sur France 2)

Par Gilbert
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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 18:14

A la suite de mon précédent article sur le verbe "sécuriser", je voudrais cette fois évoquer une expression voisine : être "sous contrôle".

 

On l'entend assez régulièrement aux informations radio ou télé, qui nous signalent par exemple que "tout n'est pas encore sous contrôle" à Fukushima (France culture, infos, 08/09/2011), ou au contraire que "cette dette [la dette italienne] est sous contrôle" (idem, 13/11/2011).

Avec notre besoin grandissant de "sécuriser" la vie, il est normal que nous soyons anxieux de savoir la situation "sous contrôle". Mais de temps en temps, pour changer, on pourrait dire que la situation est maîtrisée, ou qu'on l'a bien en main.

 

Dans ce "sous contrôle", je ne peux pas m'empêcher d'entendre l'anglais "under control". Je souçonne que la vogue de cette expression nous vient d'outre-Atlantique. Il me semble qu'un certain cinéma américain, depuis La Tour infernale au moins, adore nous montrer des pompiers à pied d'oeuvre, des unités de police déployées, des militaires prêts au combat, qui tous peuvent affirmer dans leur talkie-walkie : "La situation est sous contrôle, chef". Fascination rassurante pour l'efficacité, et pour l'uniforme.

Par Gilbert
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